Dossier transport : 8 minutes de trajet seulement avec une navette Hyperloop pour faire Lyon – Saint-Étienne ?

Comme promis dans un précédent article, voici un contenu pondu par mes soins sur la question de relier Saint-Étienne à Lyon. Ah tenez, ce n’est pas la première fois que je parle de poules dans un de mes articles (vous avez fait le lien avec « pondu »). Avez-vous été attentif à mon précédent article : « Top 11 des idées de mobilités innovantes » ? Saurez-vous retrouver le passage dont il est question du bipède sur pattes ? Bref, attaquons le dossier.

De prime abord, quelques questions qui légitimement se soulèvent : La prestation sera-t-elle accessible à n’importe qui ? Quel sera le prix à payer ? Comment faire pour éviter au maximum de défigurer le paysage ? La technique de propulsion marchera-t-elle vraiment ? Hyperloop verra-t-il vraiment le jour ? Et bien d’autres questions que l’on abordera dans ce qui suit.

L’expérience en question 💺

Seriez-vous prêt à tenter cette expérience ? Celle d’être dans un habitacle sans hublot, rétréci pour 20 passagers, enfoncé dans un tunnel aérien pour aller d’un point A à un point B ? Et surtout a une vitesse supérieure de la vitesse de pointe d’un avion de ligne. Claustrophobes s’abstenir. Voilà ce qu’est l’Hyperloop, vous l’avez compris, il s’agit d’une capsule fonctionnant en mode navettes placée à l’intérieur d’un cylindre creux transportant personnes et marchandises. Il est donc un moyen de transport par tube qui s’inscrira dans la nouveauté lorsqu’il sera opérationnel.

Le tarif du déplacement et ses usages 💰

Le prix à payer d’un tel voyage ? Même si on annonce un tarif d’une quinzaine d’euros c’est la grande inconnue dans cette épopée. Le prix qu’on payera dans tous les cas, c’est celui de la sensation d’écrasement. C’est d’ailleurs ce que ressentent les pilotes d’avion de chasse au décollage lorsqu’ils sont propulsés. Vous avez le cœur bien accroché ? Tant mieux. Imaginez un peu, une vitesse de 400 km/h dans les virages et des pic à 1200 km/h ? En comptant les virages et les temps nécessaires à l’accélération la vitesse de 1000 km/h sera certainement revue et tournera autour de 400 km/h, surtout à cause de la topographie entre Lyon et Saint-Étienne.

Cet Hyperloop a des allures d’une de ces installations de parc d’attraction à quelques détails près, il ne sera pas une montagne russe mais bel et bien une expérience pour vous rendre service et non vous amuser. Mais on peut croire que certains l’utiliserons non pour le besoin mais bel et bien pour la sensation. Depuis quand est-il interdit de se faire plaisir ? Le mieux reste tout de même d’allier l’utile à l’agréable. Quand il ne transportera pas des passagers ce sera des marchandises. Très pratique de livrer des marchandises à très grande vitesse voire même par exemple des organes donnés dont le temps du transfert est compté en raison des fins de conservation et de besoin urgent.

Un projet piloté depuis Saint-Étienne 🏭

Le directeur de l’école des Mines de Saint-Étienne, en voyant le modèle de l’Hyperloop (élaboré par Elon Musk), a tout de suite vu la faisabilité d’un tel projet pour relier sa ville à celle de Lyon (Ce n’est pas la première ville ni la première région du monde intéressée par ce projet. Nous verrons ce qu’il en est pour les autres endroits sur le globe).

Alors il a confié les manettes à 6 de ces étudiants qui ont dans un premier temps estimé le montant des coûts à 700 millions d’euros, moins que les quelques milliards nécessaires pour construire l’autoroute A45 pour le même trajet. Ils sont chargés de faire avancer le projet pour Saint-Étienne avec la société canadienne Transpod. Parler de projet de construction est encore précoce puisque les ingénieurs ne sont pas encore tombés d’accord sur les plans finaux officiels et il n’y a pas encore de date programmée des lancements de travaux. Les plus optimistes sur la faisabilité du projet émette l’hypothèse d’une construction terminée pas avant 2026.

Aux États-Unis, chercheurs et étudiants œuvrent côte à côte sur ce projet qui se veut collaboratif et ouvert, donc participatif. Ce qui n’est pas le cas dans le reste du monde.

Le rythme de la navette entre Lyon et Saint-Étienne ⏳ 

A terme, il s’agira de transporter plusieurs milliers de passagers par jour avec 20 places par capsules (près de 100 000 personnes font le trajet entre Lyon et Saint-Étienne soit via le train soit via l’autoroute). On peut espérer un trajet d’une durée de 8 minutes environ. Donc figurez-vous le rythme d’échange. Avec deux tubes en parallèle, chacun pensé pour un sens de direction.

Demain, l’Hyperloop pris en compte par Klevery ? 📉

A l’œuvre sur les questions de transport de personnes et d’optimisation intelligente, Klevery développe la solution algorithmique pour aider les entreprises de transport durant leur tournées en leur proposant le meilleur parcours. Dans cette même logique, l’opportunité Hyperloop pourra être intégrée aux possibilités de trajet prises en compte par l’algorithme. Plus d’informations sur le site : Klevery (et n’hésitez pas à consulter le blog).

L’hyperloop, le bébé pousse ses premiers cris de naissance aux Etats-Unis 🦅

Elon Musk est à l’origine des premiers plans, de croquis et d’un livre blanc de 57 pages qu’il met en libre disposition sur internet en format opensource, sous prétexte de manquer de temps à faire évoluer lui-même le projet. Ce dernier a séduit beaucoup de start-up et maintenant la concurrence fait rage sur cette aventure entrepreneuriale à différents endroits du monde. D’ailleurs on parle de ce tube pour la France, en plus de Saint-Étienne (ville dans laquelle travaille l’école des Mines), à Limoges et Toulouse, villes où investissent des start-ups. Il est même question d’un Hyperloop pour la Corse (à la Sardaigne). On en parle aussi, mise à part les États-Unis, en Thaïlande, en Corée du Sud, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et au Canada pour les projets concrets car depuis l’appel à candidatures, si l’entreprise a reçu 2600 dossiers, 35 en ont été retenus.

Les problèmes que peut rencontrer Hyperloop 🚧

On avance que ce service fluidifiera le trafic routier et enrichira les liens entre localités, qu’il permettra un temps de trajet moindre à trajet égal en voiture ou en train, voilà notamment ce qu’énoncent les défenseurs du projet. Et oui, élancé à plus de 1000 km/h cela ne fait pas de doute. Il permettrait aussi de voyager à moindre coût en comparaison des modes de transports classiques.

Le profil des usagers est la seconde inconnue de cette histoire. Lequel sera-t-il dans un premier temps ?

Des curieux ? Fans de l’Hyperloop ? VIP ? Des personnes qui légitimement présentent des caractéristiques de personnes dont l’accès semble effectivement prioritaire ? Ceux qui auront dans leur poste de dépense un budget déplacement en Hyperloop ? Ceux qui en ont réellement besoin ? Peut-être rien de tout ça. La question est sensible puisque elle a un arrière-goût politique. Ce n’est pas l’objet du dossier mais on ne peut l’ignorer, ce serait passer certainement à côté de l’essentiel. Le réel enjeu est en fait certainement pour l’Hyperloop d’être accepté du public et de jouir d’une image de marque en le faisant bénéficier au plus grand nombre. Voilà un défi. Rendre bénéfique un nouveau modèle qui bouscule les traditions et accélère le rapprochement entre monde contemporain et monde aux teintes de science-fiction à n’importe quel profil d’usagers. Dans les faits, pour réguler la demande par rapport à l’offre qui est limitée, il sera sans surprise de voir que le prix grimpe jusqu’à ce que la demande influencée par le tarif corresponde à la réalité de la capacité de l’offre. Il y a une loi économique qui va s’appliquer. Donc il ne faut pas parier ni espérer que cela coûtera moins que la quantité nécessaire d’essence au trajet en question ou au tarif d’un voyage en TER. Qui d’ailleurs ne s’est jamais étonné du tarif pour faire un Lyon-Paris en TGV, moyen financier personnel mis à part ? En fait la demande s’auto-régule par rapport à l’offre qui est caractérisée par le tarif et la capacité d’accueil du train à grande vitesse. Surtout, il faudra dans un premier temps rentabiliser le financement qui aura été nécessaire, celui pour la recherche et le développement, celui pour l’infrastructure, celui pour les assurances, et à ces titres la compagnie d’exploitation sera certainement inscrite du côté du secteur privé. Le service public voudra-t-il prendre en charge l’aventure Hyperloop ? Ou bien cela sera-t-il plutôt effectué par les mains du privé ? C’était le point d’analyse économique (et un peu politique).

Autre question ayant le mérite d’être étudiée. Comment satisfaire aussi les passagers qui sur la ligne doivent descendre par exemple à Saint-Chamond ou à Givors ? L’Hyperloop ne prend pas en compte les besoins de desserte intermédiaire sur une ligne qui va d’un point A à un point B.

D’un point de vue technique de faisabilité, les experts soulèvent les questions de freinage d’urgence qui nécessite certainement une dizaine de kilomètres au minimum à haute vitesse. Il est aussi question d’évacuation d’urgence dans un tunnel où l’absence d’air peut faire défaut aux utilisateurs et dans lequel il faut penser aux portes de sorties d’urgence. L’arrivée dans le sas d’accueil une fois le voyage terminé pose le problème de faire la transition entre un espace vidé d’air et un espace nécessitant la présence d’oxygène, ce processus pouvant fonctionner à l’aide de portiques amovibles pourrait bien faire perdre de précieuses minutes à des clients auxquels on promet un voyage de durée optimale. Tenez, cela ne vous fait pas penser aux longues minutes voire même aux heures perdues dans les aéroports avant de prendre l’avion ? Certaines compagnies aériennes conseillent d’être présent sur les lieux jusqu’à deux heures avant le départ du vol. C’est comme si un trajet d’1h30 durait en fait 3h30.

Enfin, le rythme des travaux de montage des piliers bétonnés servant de support aux tubes peut entraîner des retards importants dans l’avancée du chantier et le dessin formé par ces mêmes piliers posent la question de la défiguration du paysage. Hyperloop sera visible au loin, sans parler des nuisances sonores qu’il produira.

La technique de fonctionnement de l’Hyperloop, en quoi est-ce différent d’un mode de transport habituel ? 🔩 

Le projet de l’Hyperloop présente un système de ski aérien. L’utilisation de rails est à l’étude mais on ne peut vraiment parler de rails si les skis sont retenus lors de la construction car ce ne sont pas des roues.

Il est envisageable de placer un mécanisme de lévitation magnétique. Ainsi le fonctionnement se rapprocherait des trains à sustentation qui n’ont aucun contact avec les rails, le nom de ces trains ? Les MAGLEV (pour magnetic levitation). Je vous en parlais aussi dans un article précédent, toujours dans le fameux top 11, au point numéro 7. Donc la fabrication de l’Hyperloop devrait s’inspirer de ces trains. On ne sait pas si secret industriel il y a quand à la façon par laquelle avancera la capsule car pour le moment il n’y a pas de brevet déposé, les scientifiques sont même invité à participer par libre collaboration au projet c’est en tout cas l’esprit qu’il y a aux États-Unis.

Une basse pression est nécessaire au sein du tube afin de permettre une meilleure percée au cœur de celui-ci et permettre plus de légèreté par conséquence, ce qui est source d’une énergie augmentée et offerte. Le corps en mouvement est invité à ne rencontrer aucun obstacle invisible tel qu’une forte pression donc ce qui va dans le sens de l’énergie déployée afin que celle-ci ne soit pas ralentie par des frottements.

Toutes ces caractéristiques sont loin de ressembler à un mode de transport habituel qui lui est contraint à d’autres réalités : capacité de transport plus importante pour plus d’énergie nécessaire, source d’énergie non systématiquement électrique, frottement sur rail ou sur route, etc.

Enfin, les étudiants du MIT ont pensé pour les capsules de transport Hyperloop un alliage de matériaux très résistants et des plus légers au poids record de 250 kilos composées de fibre de carbone, de polycarbonate et de feuilles de polycarbonate entourées d’un cadre en aluminium soudé. Le tout, présentant une forme aérodynamique.

Article rédigé par Lucas FREYERMUTH, publié le 21/05/2019.